mardi 10 septembre 2013

Le gamin de Paris

« Paris a un enfant et la forêt a un oiseau; l’oiseau s’appelle le moineau; l’enfant s’appelle le gamin. »

Les Misérables - Tome III - Marius - Livre I - Chapitre I - Parvulus


vendredi 6 septembre 2013

Chaos vaincu

Jean Valjean a dû vaincre encore une autre tentation : «  Dieu a ses voies; le couvent contribua, comme Cosette, à maintenir et à compléter dans Jean Valjean l’œuvre de l’évêque. Il est certain qu’un des côtés de la vertu aboutit à l’orgueil.[…]. Tant qu’il ne s’était comparé qu’à l’évêque, il s’était trouvé indigne et il avait été humble ; mais depuis quelques temps il commençait à se comparer aux hommes, et l’orgueil naissait. Qui sait ? Il aurait peut-être fini par revenir tout doucement à la haine ». Mais il a « sous les yeux le sommet sublime de l’abnégation ». Ainsi « tout ce qui était entré dans sa vie depuis six mois le ramenait vers les saintes injonctions de l’évêque, Cosette par l’amour, le couvent par l’humilité ».


Un des aspects les plus remarquables de cette profonde cohérence des Misérables vient sûrement de ce que le roman unit l’histoire de l’émeute à une grande partie de celle de Jean Valjean. « Qu’est-ce que les convulsions d’une ville auprès des émeutes de l’âme ? L’homme est une profondeur plus grande encore que le peuple. Jean Valjean, en ce moment –là même, était en proie à un soulèvement effrayant. […]. Lui aussi frissonnait, comme Paris, au seuil d’une révolution formidable et obscure ». La naissance du Peuple et celle de l’Homme se font dans des souffrances pareilles, plus cruelles cependant quand il s’agit de la conscience de l’Homme.

Extrait de: Chaos vaincu - Quelques remarques sur l'oeuvre de Victor Hugo
Par Guy Robert


dimanche 1 septembre 2013

Fin du Petit-Picpus

Dès le commencement de la Restauration, le couvent du Petit-Picpus dépérissait, ce qui fait partie de la mort générale de l’ordre, lequel, après le dix-huitième siècle, s’en va comme tous les ordres religieux. La contemplation est, ainsi que la prière, un besoin de l’humanité ; mais, comme tout ce que la Révolution a touché, elle se transformera, et, d’hostile au progrès social, lui deviendra favorable.

La maison du Petit-Picpus se dépeuplait rapidement. En 1840, le petit couvent avait disparu, le pensionnat avait disparu. Il n’y avait plus ni les vieilles femmes, ni les jeunes filles ; les unes étaient mortes, les autres s’en étaient allées. Volaverunt.

La règle de l’Adoration Perpétuelle est d’une telle rigidité qu’elle épouvante ; les vocations reculent, l’ordre ne se recrute pas. En 1845, il se faisait encore çà et là quelques sœurs converses ; mais de religieuses de chœur, point. Il y a quarante ans, les religieuses étaient près de cent ; il y a quinze ans, elles n’étaient plus que vingt-huit. Combien sont-elles aujourd’hui ? En 1847, la prieure était jeune, signe que le cercle du choix se restreint. Elle n’avait pas quarante ans. À mesure que le nombre diminue, la fatigue augmente ; le service de chacune devient plus pénible ; on voyait dès lors approcher le moment où elles ne seraient plus qu’une douzaine d’épaules douloureuses et courbées pour porter la lourde règle de saint Benoît. Le fardeau est implacable et reste le même à peu comme à beaucoup. Il pesait, il écrase. Aussi elles meurent. Du temps que l’auteur de ce livre habitait encore Paris, deux sont mortes. L’une avait vingt-cinq ans, l’autre vingt-trois. Celle-ci peut dire comme Julia Alpinula : Hic jaceo, vixi annos viginti et tres. C’est à cause de cette décadence que le couvent a renoncé à l’éducation des filles.

Nous n’avons pu passer devant cette maison extraordinaire, inconnue, obscure, sans y entrer et sans y faire entrer les esprits qui nous accompagnent et qui nous écoutent raconter, pour l’utilité de quelques-uns peut-être, l’histoire mélancolique de Jean Valjean. Nous avons jeté un coup d’œil dans cette communauté toute pleine de ces vieilles pratiques qui semblent si nouvelles aujourd’hui. C’est le jardin fermé. Hortus conclusus. Nous avons parlé de ce lieu singulier avec détail, mais avec respect, autant du moins que le respect et le détail sont conciliables. Nous ne comprenons pas tout, mais nous n’insultons rien. Nous sommes à égale distance de l’hosanna de Joseph de Maistre qui aboutit à sacrer le bourreau et du ricanement de Voltaire qui va jusqu’à railler le crucifix.

Illogisme de Voltaire, soit dit en passant ; car Voltaire eût défendu Jésus comme il défendait Calas ; et, pour ceux-là mêmes qui nient les incarnations surhumaines, que représente le crucifix ? Le sage assassiné.

Au dix-neuvième siècle, l’idée religieuse subit une crise. On désapprend de certaines choses, et l’on fait bien, pourvu qu’en désapprenant ceci, on apprenne cela. Pas de vide dans le cœur humain. De certaines démolitions se font, et il est bon qu’elles se fassent, mais à la condition d’être suivies de reconstructions.

En attendant, étudions les choses qui ne sont plus. Il est nécessaire de les connaître, ne fût-ce que pour les éviter. Les contrefaçons du passé prennent de faux noms et s’appellent volontiers l’avenir. Ce revenant, le passé, est sujet à falsifier son passeport. Mettons-nous au fait du piège. Défions-nous. Le passé a un visage, la superstition, et un masque, l’hypocrisie. Dénonçons le visage et arrachons le masque.

Quant aux couvents, ils offrent une question complexe. Question de civilisation, qui les condamne ; question de liberté, qui les protège.

samedi 24 août 2013

Cosette et Jean Valjean

La nature, cinquante ans d’intervalle, avaient mis une séparation profonde entre Jean Valjean et Cosette ; cette séparation, la destinée la combla. La destinée unit brusquement et fiança avec son irrésistible puissance ces deux existences déracinées, différentes par l’âge, semblables par le deuil. L’une en effet complétait l’autre. L’instinct de Cosette cherchait un père comme l’instinct de Jean Valjean cherchait un enfant. Se rencontrer, ce fut se trouver. Au moment mystérieux où leurs deux mains se touchèrent, elles se soudèrent. Quand ces deux âmes s’aperçurent, elles se reconnurent comme étant le besoin l’une de l’autre et s’embrassèrent étroitement.

vendredi 9 août 2013

Waterloo .... pourquoi ?

Question délicate, sans confirmation que nous aurons la réponse un jour....

Hugo situe l'action entre 1815 et 1832 car il a aimé cette époque. Hugo est un homme de la génération romantique. Dans Les Misérables, l'histoire occupe une grande place à travers deux périodes. Ces deux époques ne sont pas choisies au hasard, elles représentent l'une ce que Hugo a aimé dans sa jeunesse, l'autre, des événements qu'il a vécus et qui l'ont sans doute influencé dans le reste de sa vie.
Napoléon "Le petit"

Dans les châtiments (1853), fruit du premier hiver d'exil, Hugo consacra à " Napoléon le petit " , comme il l'appelait, toute une série de vers aussi indignée que véhéments. L'ouvrage circula aussitôt en contrebande en France. Le recueil se compose de 6200 vers, organisés en sept parties. Hugo y oppose Napoléon Premier, héros de son enfance, à Louis Bonaparte qui l' a trahi en prenant le pouvoir et en rétablissant une dictature.

samedi 27 juillet 2013

La bataille de Waterloo - Général Pierre Cambronne

Mai 1861.
Victor raconte une visite à pied sur les vestiges de la défaite napoléonienne de Waterloo ( visite que Victor Hugo fit en 1861, lors de son retour de l'Ile d'Elbe sur les lieux même de la bataille de juin 1815). Ce jour-là, Napoléon affrontait les troupes anglaises et les forces coalisées de l'Europe continentale.

Victor Hugo réfléchit sur les causes de ce désastre napoléonien : il pleuvait ce jour-là, le sol était boueux, ce qui empêcha l'empereur de déployer librement son artillerie, son arme stratégique. Pire, mal renseignée, la cavalerie française se précipita dans un ravin, où beaucoup de soldats périrent, écrasés. Les renforts espérés n'arrivèrent pas . Le Général Cambronne fit passer à la postérité cette défaite héroïque. La garde impériale qu'il dirigeait lutta jusqu'au dernier carré et, lui, lança à l'ennemi son mot célèbre : "M…"


La Mission morale, sociale et politique.

Depuis leur parution, Les Misérables sont l'œuvre la plus célèbre et la plus lue de Victor Hugo. Jean Valjean, Cosette, Gavroche, font maintenant parti des personnages connus de chaque lycéen et lycéenne.

Les Misérables apparaissent comme ce "livre unique" dont rêvait le dix-neuvième siècle. L'ambition démesurée de Victor Hugo est explicite : " Ce livre est un drame dont le premier personnage est l'infini. L'homme est le second".

Certains ont été tentés de critiquer Les Misérables pour la faiblesse de sa psychologie et sa simplification caricaturale de la société. Force est de constater, plus de cent trente ans après sa sortie, sa vigueur et de saluer cette œuvre, qui selon Victor Hugo lui-même, visait à dénoncer la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit.



Victor Hugo qui, dans la préface des Misérables, affirme d'ailleurs la mission morale, sociale et politique qu'il s'est fixé en créant cette épopée : "Tant qu'il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers et compliquant d'une fatalité humaine, la destinée qui est divine… tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres comme celui-ci pourront ne pas être inutiles."